Plus de 4h heures de divertissement devant les écrans: nouveaux risques sociaux sanitaires à Montréal
- Lefabson Sully
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
L’hyperconnectivité n’est plus un phénomène marginal : elle devient une norme sociale.
Par Lefabson Sully

Pendant longtemps, le débat sur le temps d’écran s’est concentré presque exclusivement sur les enfants et les adolescents. Jeux vidéo, réseaux sociaux, cyberdépendance : les jeunes étaient au cœur des préoccupations.
Pourtant, une nouvelle étude menée en 2025 par la Direction régionale de santé publique (DRSP) du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, en collaboration avec l’Université Concordia, vient déplacer le regard : ce sont désormais aussi les adultes qui sont massivement concernés.
Basée sur une enquête auprès de 4 000 adultes montréalais, l’étude montre une augmentation marquée du temps d’écran de loisirs depuis 2018. Aujourd’hui, près du quart des adultes (22,7 %) passent plus de quatre heures par jour devant un écran dans leurs temps libres — une hausse significative par rapport aux 15,8 % observés sept ans plus tôt.
Autrement dit, l’hyperconnectivité n’est plus un phénomène marginal : elle devient une norme sociale.
Deux groupes particulièrement touchés : les jeunes adultes et les aînés
Les résultats révèlent une réalité frappante : l’utilisation intensive des écrans est surtout concentrée dans deux tranches d’âge.
39,3 % des 18-24 ans dépassent quatre heures quotidiennes.
29,7 % des personnes de 65 ans et plus se trouvent dans la même situation.
À l’inverse, les 35-44 ans sont les moins concernés (12,4 %).
Ce constat est sociologiquement intéressant. Chez les jeunes adultes, les écrans sont intégrés à toutes les sphères de la vie : relations sociales, divertissement, information, identité. Chez les aînés, l’écran devient souvent un substitut aux interactions sociales, surtout dans un contexte de solitude, de mobilité réduite ou d’isolement.
Par ailleurs, la proportion d’adultes passant moins de deux heures par jour devant un écran a fortement chuté, passant de 44,9 % en 2018 à seulement 31,5 % en 2025. Le temps « hors écran » se raréfie.
Des impacts réels sur la santé physique et mentale
Sans tomber dans un discours alarmiste, les données confirment des liens clairs entre usage intensif des écrans et détérioration de plusieurs indicateurs de santé.
Selon Jean-François Biron, chercheur à la DRSP et spécialiste de l’hyperconnectivité, l’utilisation excessive est associée à :
une baisse de l’activité physique,
une diminution de la santé cardiovasculaire,
une augmentation de l’embonpoint,
une réduction de la stimulation cognitive, notamment chez les aînés.
Chez les personnes âgées, cet enjeu est particulièrement préoccupant. Le maintien de la santé cognitive repose sur des activités variées : lecture, discussions, jeux cognitifs, activités sociales. Or, lorsque l’écran occupe une trop grande place, il vient remplacer — et non compléter — ces stimulations essentielles.
Le paradoxe du bien-être numérique
Un résultat plus surprenant de l’étude mérite attention : de nombreux adultes estiment que leurs habitudes numériques sont bénéfiques pour leur bien-être et leur qualité de vie.
Autrement dit, les écrans ne sont pas perçus comme un problème, mais comme une ressource : se détendre, s’informer, socialiser, briser l’ennui, garder contact avec ses proches.
Ce paradoxe est central. Il montre que le problème n’est pas uniquement quantitatif (le nombre d’heures), mais relationnel et qualitatif : la manière dont l’individu vit son rapport aux écrans.
Deux personnes passant quatre heures par jour devant un écran peuvent vivre des expériences totalement différentes :
l’une stimulante, enrichissante, socialement connectée ;
l’autre passive, isolante, addictive.
Des risques sociaux souvent invisibles
Au-delà de la santé individuelle, l’hyperconnexion pose aussi des enjeux collectifs et sociaux :
Isolement relationnel : les écrans remplacent progressivement les interactions en face-à-face.
Affaiblissement du lien social : moins de participation communautaire, associative ou citoyenne.
Sédentarisation des modes de vie : moins de sorties, moins d’activités collectives.
Transmission intergénérationnelle des habitudes numériques : parents et grands-parents deviennent des modèles d’hyperconnexion pour les plus jeunes.
À long terme, ces dynamiques peuvent contribuer à une société plus fragmentée, plus solitaire, et moins physiquement active.
Vers une prévention plus nuancée et plus humaine
L’un des apports majeurs de l’étude est justement de ne pas diaboliser le temps d’écran. Les auteurs insistent sur un point essentiel : le temps d’écran ne doit pas être abordé uniquement comme un problème, mais comme une relation.
La prévention doit donc dépasser les simples messages du type « passez moins de temps sur votre téléphone ». Elle doit s’intéresser à :
ce que les gens font sur les écrans,
pourquoi ils y vont,
ce que les écrans remplacent dans leur vie.
Recommandations : comment mieux vivre avec les écrans
À partir des données de l’étude et des enjeux observés, plusieurs pistes d’action émergent.
1. Pour les individus
Se poser régulièrement la question : « Qu’est-ce que l’écran remplace dans ma journée ? »
Alterner activités numériques et activités physiques ou sociales.
Introduire des moments sans écran : repas, marche, lecture, discussions.
Privilégier des usages actifs (création, apprentissage) plutôt que passifs (scroll infini).
2. Pour les familles
Créer des routines collectives hors écran.
Donner l’exemple : la régulation passe d’abord par les adultes.
Encourager des activités intergénérationnelles (jeux, sorties, cuisine, sport).
3. Pour les milieux communautaires et institutionnels
Développer des programmes de littératie numérique adulte, pas seulement jeunesse.
Offrir des activités sociales, culturelles et sportives accessibles aux aînés.
Intégrer la question du temps d’écran dans les politiques de promotion de la santé.
4. Pour la santé publique
Passer d’un discours moralisateur à un discours réflexif.
Travailler sur la qualité du rapport aux écrans, pas seulement sur la durée.
Reconnaître que les écrans peuvent être à la fois des outils de bien-être et des facteurs de risque.
En conclusion
L’hyperconnectivité adulte est l’un des grands enjeux silencieux de notre époque. L’étude de la DRSP de Montréal montre clairement que le temps d’écran n’est plus un phénomène marginal, mais une réalité structurante de nos modes de vie.
Le véritable défi n’est pas d’éliminer les écrans, mais d’apprendre à habiter le numérique sans qu’il nous habite entièrement. La question n’est plus seulement combien de temps nous passons devant un écran, mais ce que nous faisons de ce temps, et ce que nous cessons de faire à cause de lui.
Autrement dit : il ne s’agit pas de se déconnecter du monde numérique, mais de ne pas se déconnecter du monde tout court.

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